L’œil vif, hagard parfois, COM1 a rencontré MALICIOUZ, artiste peintre montréalaise d’origine haïtienne. Elle a présenté, du 1er au 10 mai 2026, l’exposition Essence à la galerie Loüable, sur la rue Saint-Jacques.
Texte: Marc Sony Ricot / Photos: Valérie Gassien
C’est une artiste passionnée, habitée par son art, que nous avons croisée cet après‑midi de printemps tardif. Joyeuse, dynamique, elle vit au rythme de la peinture. Son credo : peindre pour vivre et vivre pour peindre. Il y a d’ailleurs le thème de la vie dans sa peinture, la vie dans son intimité, ses beaux jours, sa solitude, mais aussi dans toute sa splendeur.
Elle aborde ces thèmes avec une sensibilité qui refuse les évidences. La peinture de L’Essence explore « ce qui persiste lorsque tout s’efface, ce qui demeure dans le corps, dans le regard, dans l’énergie et dans l’esprit ». Essence se veut un voyage, une obsession, une quête. Une quête qui n’est pas un mouvement entre ici et ailleurs, mais une traversée faite de ruptures, de traces persistantes et de passages qui pèsent autant qu’ils nous éclairent.
C’est un aller-retour intérieur, où l’on avance avec ce que l’on perd et ce que l’on garde. Les maîtres mots d’Essence sont la quête, l’identité, la spiritualité et, à dire vrai, les esprits. À travers les couleurs, les textures et les corps qu’elle fait surgir sur la toile, MALICIOUZ compose une œuvre habitée, où la mémoire intime rejoint parfois une mémoire plus collective, plus ancienne, presque invisible.
L’identité

L’identité se construit dans le mouvement : entre héritage, expériences et regards posés de l’extérieur, elle demeure instable, jamais totalement définie. « Ce monde, à la croisée des chemins, m’appartient, est mien, est moi. Je suis ce que je décide de faire de tout cela », écrit l’artiste contemporain dans son catalogue.
D’Haïti, d’Afrique à Montréal et dans tous les espaces qu’elle a traversés, la spiritualité affleure son œuvre, une présence secrète. La peinture de Maliciouz embrasse le monde dans ses couleurs, ses visages, ses géographies, ses formes mouvantes. Elle dit l’amour des êtres, dans sa fragilité et son intensité. Elle dit l’absence, les creux, les distances. Elle dit la terre et ses blessures.
Le visage
Dans les œuvres, on observe des figures féminines noires, des sirènes, des paysages, des fleurs, des rues et des horizons à la croisée de l’Occident et de l’Afrique. Sa toile Là où naissent les cimes donne l’impression d’un monde en suspension, entre rêve, mémoire et territoire extérieur. Boulevard Saint‑Michel, le quartier de son enfance. Elle ne cherche pas à représenter la réalité de façon fidèle, mais plutôt à faire ressentir une identité en mouvement, forgée dans plusieurs espaces, plusieurs temps et plusieurs vies. La première chose qui frappe ici, c’est l’usage des couleurs. Les tons sombres et cosmiques des corps, ce noir profond traversé d’éclats lumineux, contrastent avec les verts, les bleus et les teintes terreuses du décor. Le noir n’est pas ici une absence de lumière : c’est une matière vivante, presque céleste. Les personnages semblent faits d’univers, de nuit et d’étoiles. Cela donne une présence très forte aux figures féminines, comme si elles portaient en elles quelque chose de mythique ou de spirituel.
Aura
La série Aura illustre une constellation de visages et d’émotions. Chaque toile est autonome, mais ensemble des créations de ladite série composent un même univers visuel, presque une cartographie intérieure. Ce qui impressionne d’abord, c’est la cohérence esthétique : malgré les variations de couleurs et de formes, il existe une identité plastique très forte qui relie toutes les œuvres.
La couleur joue ici un rôle central aussi. Les tons néon, roses électriques, violets profonds, rouges incandescents et bleus cosmiques, donnent aux portraits une intensité presque surnaturelle. La lumière semble venir de l’intérieur des visages plutôt que de l’extérieur. Cela crée une sensation futuriste, mais aussi spirituelle. Certaines œuvres rappellent l’espace, les galaxies, les aurores boréales ou les paysages numériques, tandis que d’autres conservent un aspect très humain.
Chez MALICIOUZ les visages sont stylisés de manière frappante. Les yeux allongés, les lèvres sculptées, les contours lissés confèrent aux figures une dimension quasi divine. Ce ne sont pas des portraits réalistes : ce sont des présences. Elle simplifie certaines formes pour accentuer l’expression émotionnelle. Il y a peu de détails inutiles; tout est concentré dans le regard, la lumière et la posture du visage.
Sa technique mélange réalisme, abstraction et imaginaire sans chercher à tout expliquer. C’est une peinture qui laisse de la place au mystère, et c’est probablement là sa plus grande force. Sa plus grande clarté.


