Par Donald Dorléant
Kuessipan, roman de Naomi Fontaine, publié en 2011, est un récit aux multiples voix. Avec une prose riche et évocatrice, Fontaine laisse dérouler sous les yeux du lecteur un récit centré sur des thèmes universels tels que l’identité, la quête de soi, l’appartenance et la complexité des relations humaines. Mikuan, une adolescente innue, est en quête d’une voie qui lui est propre. Cette quête individuelle est indissociable de son appartenance à sa communauté.
Fontaine évite les stéréotypes simplistes et propose des portraits nuancés de ses personnages, car elle réussit à dépeindre cette quête avec une authenticité remarquable. Les passages où la protagoniste se remémore les rituels, les histoires et les valeurs innues sont vigoureusement touchants. Ces éléments offrent une lumière sur la richesse de la culture innue et sur le besoin de préserver ces traditions face à la pression de la société moderne.
Kuessipan aborde le thème des tensions entre modernité et tradition : « La nuit, tu entends le bruit des voitures qui passent sur l’autoroute. C’est différent de là d’où tu viens. […] C’est dans une baie que ta maison a été bâtie » (p. 28). La protagoniste est confrontée à des choix difficiles qui mettent en évidence les clivages entre son mode de vie traditionnel et les attentes de la société moderne. Cette dualité est représentée avec une grande finesse, sans jugement simpliste. Fontaine souligne les défis que cela pose à l’individu et à la collectivité tout en célébrant la richesse que ces traditions apportent à la vie des personnages.
Ce récit met en lumière l’importance de la résilience et de la résistance, non seulement sur le plan individuel, mais aussi en tant que communauté face aux défis contemporains. Naomi Fontaine est ainsi une voix puissante, et elle appelle à une reconnaissance des réalités vécues par les peuples autochtones.
Le style d’écriture de Naomi Fontaine est l’un des plus grands atouts de Kuessipan. Sa prose poétique et évocatrice transporte le lecteur dans le monde des Innus avec une puissance sensorielle. Fontaine utilise des métaphores et des images qui évoquent la beauté du paysage québécois et la force spirituelle de la culture innue. Les descriptions de la nature, des saisons et des rituels traditionnels sont si vivantes qu’elles permettent au lecteur de ressentir la connexion intime entre les personnages et leur environnement : « En cercle autour du feu, les invités attendent la mariée » (p. 39). Ce style introspectif et lyrique, apporte une dimension supplémentaire au récit, contribuant à son ambiance contemplative.
Kuessipan est un roman essentiel qui ne se contente pas de raconter l’histoire d’une jeune Innue cherchant sa place dans le monde moderne; il offre également une réflexion profonde sur l’identité, les relations interculturelles, et la lutte pour la sauvegarde d’un patrimoine innu. À travers son écriture suggestive et ses personnages profonds, Naomi Fontaine touche le cœur du lecteur tout en éveillant sa conscience sur la richesse et la complexité de la culture innue. Ce roman, à la fois intime et universel, mérite une place de choix dans la littérature contemporaine parce qu’il sert de pont entre les cultures et les générations.
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Fontaine, Naomi. 2017. Kuessipan, Éditions Mémoire d’encrier, Montréal, Québec.
@Photo: L, Leblanc, Nuit-blanche magazine littéraire tirée du site de Mémoire d’encrier


