Le Regroupement des Amazones d’Afrique et du Monde (RAAM) est l’une des rares associations de femmes installées à Trois-Rivières militant pour l’intégration et l’inclusion socioprofessionnelle des femmes immigrantes dans la région de la Mauricie. Depuis onze ans, l’organisation aide ses usagères à transformer des défis quotidiens en victoire. Coup de rame après coup de rame.
Les amateurs de petits restaurants coups de cœur de Trois-Rivières ont déjà surement franchi les portes de la crêperie artisanale Le P’tit Sarrasin, sur la rue Notre-Dame Centre. Ce bistro spécialisé en recettes bretonnes et nord-américaines est géré par Aicha Nguebond, une jeune camerounaise qui force l’admiration par son audace et sa ténacité.
Pourtant, il y a deux ans à peine, cette ingénieure industrielle n’aurait jamais imaginé se retrouver à la tête de sa propre entreprise. Elle hésitait avant de se lancer en affaires. Trop de craintes l’en empêchaient : la peur de perdre des économies, l’incertitude, mais surtout la peur de se retrouver seule dans un domaine inexploré. Jusqu’au jour où elle reçoit la visite de quelques membres du RAAM qui l’ont aidée à dissiper ses doutes.

« Les consœurs du regroupement, présidé par Elvire Bénédicte Toffa, sont venues me voir un matin. Elles m’ont dit que mon idée de projet était trop précieuse pour la garder enfermée dans l’hésitation », a confié l’entrepreneure. Cet appui collectif l’a aidée à franchir un cap important dans sa vie, mais surtout à prendre confiance en elle.
« Je sens maintenant que j’ai des ailes. Je peux réaliser plein de choses dans ma vie », soutient-elle avec assurance.
Marie-Claire Kazadi, pour sa part, n’a pas eu cette chance quand elle est arrivée à Trois‑Rivières, en 1996. À l’époque, il n’y avait pas d’association pouvant l’encadrer. « Je vois les bienfaits de ce groupement, la manière dont les femmes parviennent à se construire et à avancer grâce à cet accompagnement. J’aurais tellement aimé avoir un groupe comme le RAAM à l’époque », confie la chargée de cours à l’Université du Québec à Trois‑Rivières.
Aujourd’hui, Mme Kazadi s’investit avec enthousiasme et conviction auprès des jeunes femmes immigrantes qui viennent solliciter des conseils. Elle croit sincèrement que l’on peut toujours tendre la main à son tour, même lorsque l’on n’a pas soi-même bénéficié d’un tel soutien. « Je suis fière de pouvoir les orienter, les encourager à prendre leur place. Il y a vingt ans de cela, Trois-Rivières était fermée. Aujourd’hui, elle est ouverte », dit-elle.
Des Amazones solidaires
À l’image de Kazadi, l’équipe du RAAM s’est donné pour mission d’accompagner les femmes de la diversité dans leur intégration et leur inclusion socioprofessionnelle dans la région de la Mauricie. « Il n’y a pas de recette spéciale ni de formule magique. L’intégration et le succès se construisent au quotidien dans la solidarité », souligne la présidente de cette association.
Le regroupement poursuit la mission de briser l’isolement des femmes, de leur apprendre à mieux comprendre le système et de les orienter vers les services adaptés. L’association offre aussi un accompagnement ciblé à travers des ateliers cherchant à reconnaître leur compétence. « Lorsqu’une femme présente une idée de projets, avant de l’orienter vers des organismes comme Idée Trois-Rivières ou des partenaires financiers, on effectue ensemble un premier diagnostic pour l’aider à évaluer la pertinence et la viabilité de son projet », affirme Mme Toffa.
L’association est en phase de créer Amazone académie, une passerelle économique visant à renforcer l’autonomie des femmes et à développer leur leadership souvent insoupçonné. « Il s’agit d’outiller les femmes qui veulent se lancer en entrepreneuriat à travers 14 ateliers mesurables de façon biopsychosociale. Amazone académie sera un levier déterminant, un incubateur de femmes d’affaires et un lieu de rassemblement de toute la famille », a assuré la figure emblématique du leadership féminin à Trois-Rivières.
Une équipe qui rame à l’unisson
Le choix du mot Amazone n’est pas anodin pour Mme Toffa qui est à la fois danseuse professionnelle, conférencière et entrepreneure. Il renvoie aux célèbres guerrières du royaume du Dahomey (actuel Bénin) qui se mobilisaient pour sa défense. Ce mot symbolise aussi la force, la fierté identitaire, la solidarité, la dignité et le leadership féminin.
« Une vraie amazone est une femme autonome, qui se bat avec toutes ses compétences et qui croit beaucoup dans l’entraide », précise l’Ivoirienne qui reste fièrement attachée à ses racines béninoises. Pour elle, une amazone ne réussit ni ne progresse seule : elle élève les autres avec elle dans son ascension.
Créé en 2015, le regroupement rame courageusement pour transformer des défis de femmes immigrantes en victoire. Même face au courant contraire, il continue d’avancer, coup de rame après coup de rame, guidé par la détermination. « Nous sommes toutes dans le même bateau. Nous devons ramer ensemble pour arriver plus loin », conclut Elvire.


