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    AUGUSTIN ROSIER : LÀ OÙ LA PEINTURE RENAÎT DES DÉBRIS

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    De Port-au-Prince aux scènes artistiques internationales, Augustin Rosier s’est construit une carrière marquée par l’innovation et l’engagement. Sculpteur et peintre, spécialiste des matériaux recyclés, il revisite l’art contemporain avec une sensibilité unique. Découverte d’un créateur de la matière.

    Par Jobnel Pierre 

    Il y a des instants qui ouvrent une vie comme nous ouvrons une porte sur la lumière. Pour Augustin Rosier, tout a commencé avec de petites aquarelles : un geste tendre, quelque peu naïf, encore hésitant. Quelques jours plus tard, son père l’a emmené visiter Les Ateliers Jérôme, galerie d’art et centre d’animation culturelle, fondés à Port-Au-Prince par Jean-René Jérôme et Mireille Pérodin : « L’un des moments les plus marquants dans ma carrière de peintre, c’est en découvrant que l’art est une vocation. En peignant des aquarelles, mon père a vu mon talent et m’a fait visiter la galerie Jean-René Jérôme. C’est là que j’ai constaté le vrai sens de la peintre ». En franchissant le seuil de cette galerie, l’évidence s’est imposée : la peinture est donc devenue à la fois une respiration et une vocation.

    Augustin Rosier se souvient de l’École nationale des Arts (ENARTS) comme d’un rêve éveillé. En Haïti, il se voit parmi les grands, ceux qui donnent à la couleur la mémoire :

    « L’ENARTS est une expérience merveilleuse. Je me vois parmi beaucoup de grands artistes qui passent la journée à parler de l’art et des techniques qu’ils utilisent. Les techniques de l’aquarelle que j’ai apprises avec Dieudonné Cédor m’ont beaucoup guidé dans mes œuvres ».

    Avec un esprit ouvert, Augustin observe, écoute, s’imprègne. Les techniques apprises dans l’atelier de peinture – notamment l’aquarelle transmise avec rigueur par Dieudonné Cédor – deviennent un langage pictural individuel, la voix taciturne de ses œuvres futures.

    Puis un jour, par hasard, la récupération prend forme. Sur son lieu de travail gisent des fragments oubliés : morceaux de bois, fer oxydé, plastique abandonné. Au milieu de ces différentes sortes de débris, une idée surgit comme une aspiration nouvelle : donner une seconde vie aux objets qu’il sculpte. Il assemble, il réinvente. Et, une sculpture naît – non pas seulement d’un assemblage, mais d’une renaissance. Ainsi apparaît la fusion : peinture et sculpture, matière et mémoire.

    Avec une écriture picturale puissante, Lobey entre dans son histoire comme un partenaire de création et d’élan. Ensemble, Lobey et Augustin rêvent haut et loin. Première exposition aux États-Unis. Première rencontre avec un public curieux, intrigué, touché. Beaucoup viennent à lui, Augustin, ils veulent comprendre l’homme derrière la matière, l’âme derrière la couleur. Cette première vitrine le propulse : « Cette expérience m’a encouragé à ne pas lâcher ».

    Les expositions internationales confirment la trajectoire d’Augustin Rosier. À Rhode Island, durant la célébration de la Black History, il présente ses œuvres. On lui demande l’autorisation d’afficher plusieurs pièces : « Je me souviens que la ville du Rhode Island préparait une exposition pour le 15e anniversaire de [la] Black History, j’ai participé à cette exposition et la Ville m’a appelé pour me demander si elle peut utiliser mes œuvres pour les dépliants publicitaires. Pour moi, c’est quelque chose de magnifique ». Augustin Rosier comprend alors que son art franchit les frontières, traverse les regards et dialogue avec le monde.

    « La fusion entre la peinture et la sculpture de récupération m’a donné plus de liberté dans mes œuvres et l’inspiration vient plus rapidement. Tout objet peut se transformer en œuvre d’art ». La fusion, désormais, n’est plus alors une technique, mais une identité. Elle lui donne l’audace, la liberté. Chaque objet trouvé devient promesse d’avenir, chaque débris, une matière prête à chanter. Rien n’est jamais perdu quand l’œil séculaire d’Augustin observe tous les débris.

    Parmi ses pièces phares, une sculpture se détache : « Vil pou viv », récompensée au deuxième prix d’un concours national de sculpture. Le jury, composé de sculpteurs reconnus, en garde encore l’empreinte. L’œuvre témoignait déjà qu’il est un sculpteur dans l’âme, un peintre des renaissances, un passeur de lumière au milieu des matières brisées.

    Ainsi va Augustin Rosier, entre pigments et fragments, ratures et renaissances, couleurs et captures mémorielles. Là où d’autres voient la fin, ce créateur de lumière bâtit l’avenir. Là où d’autres abandonnent, il sculpte la vie. 

    En art, selon Augustin Rosier, rien ne se jette – tout s’élève.

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