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    AccueilLittérature Canadienne en Pointillé« Fais du feu », le métier de Rodney Saint-Éloi

    « Fais du feu », le métier de Rodney Saint-Éloi

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    Puisque la littérature est une fête, Rodney Saint-Éloi a littéralement célébré l’apparition de Fais du feu, son plus récent recueil de poésie. Celui-ci a été porté sur scène par l’auteur lui-même, la comédienne Mireille Métellus, la poétesse Yara El‑Ghadban et des musiciens. Lancement invitant à la lecture, à la librairie Un livre à soi. Plongée dans ce recueil qui embrase le cœur et l’esprit.

    Le feu de Saint‑Éloi a la vertu de réparer et de guérir à la fois. Un recueil dense. Une traversée même. « On y entre comme on franchit une mer, les pieds nus, avec la certitude que les vagues viendront vous embrasser, vous bousculer, vous soulever », résume Marc Sony Ricot, dans Lepetitjournal.com, édition de Montréal.

    Dès les premiers poèmes, une vague de tendresse, d’amour, de solitude et d’humanité nous enlace. Elle nous serre contre elle, comme une mère, un frère ou un ami qu’on croyait perdu et qui revient. Ce livre joue un rôle de bon vivant. Le poète peint l’humain et la douleur de l’absence. Il parle de lui : un homme parmi tous les hommes du monde et avec tous les cœurs. L’homme des rêves étranges. L’homme qui apprend à son cœur à faire appel à son propre cœur à chaque instant. Il écrit une sorte de confession. Qu’est-ce qui l’habite? Qu’est-ce qui trouble ses matins? La guerre, cruelle. Son poème porte en lui une émotion très intense. On le lit avec l’âme et le cœur éveillés, sensibles à la cruauté du monde. Il nous fait réfléchir à la guerre, au racisme, aux préjugés et aux injustices. Chaque image résonne, bouleverse et éveille en nous une conscience aiguë de la souffrance humaine et de l’urgence de guérir l’humanité. Il tend la main. Le poète s’adresse aux rêves comme à des compagnons de route, aux gens du monde comme à une famille dispersée, aux enfants qui portent en eux les aubes à venir et à aux grands amours de la vie. Sa parole se déploie en un long monologue, intime et universel à la fois et en une voix qui se parle à elle-même et qui nous appelle en même temps. Le poème, au début, a l’allure d’une prière. On y entend le souffle d’un chant venu de son être, d’un chant qui traverse les âges et les mémoires. C’est une voix qui marche devant nous et nous ouvre le chemin. On perçoit les sentiers inconnus, les routes secrètes, les espaces invisibles que seul le poète sait nommer. Et dans ce murmure ancien, quelque chose brûle et nous éclaire : une lumière fragile qui nous apprend à écouter autrement.

    Fais du feu embrase le cœur et l’esprit. Il propose un monde où les murs, que dressent la couleur de la peau et les origines, tombent. Il nous appelle à regarder au-delà des apparences, à écouter le battement universel des cœurs et à retrouver l’essentiel qui nous unit.

    La métaphore de Rodney Saint-Éloi

    Si le poète dit « je », il parle de son histoire, de son enfance. De sa mère, Bertha, qui chante encore, de sa grand-mère, des bruits d’Haïti et de l’écho du monde. Mais ce lieu, dans le poème, n’est pas Haïti seulement : il est le monde. Le monde avec nous, avec nos regards, nos incertitudes et nos fragilités.

    Fais du feu est une métaphore pour réinventer le monde, pour rallumer ce qui s’éteint, pour faire renaître l’humanité dans ses braises et sa lumière.

    C’est ce qui toujours les lectrices et les lecteurs dans la poésie de Rodney : sa vision profonde de l’humain et sa capacité à rassembler. Rassembler les douleurs éparses, les visions éclatées et les sensibilités. Rassembler les amours dispersées, les blessures qui peinent à se refermer et toutes les tendresses du monde qui, parfois, se cachent derrière des silences. Comme il l’écrit lui-même :

    « J’ai pour vocation / De raturer les miroirs » (p.135).

    il veut effacer les reflets trompeurs, réinventer notre regard sur le monde et réécrire la lumière qui éclaire nos vies.

    Fais du feu. Le titre est déjà une invitation, une injonction. Allumer quelque chose. Réveiller ce qui dort dans nos cœurs. Attiser les braises sous la cendre. Le livre est brûlant d’amour. On le lit et l’on entend presque le crépitement des flammes, le souffle qui consume et transforme. Fais du feu pour l’amour. Pour réchauffer les cœurs et pour tuer les peines qui s’accumulent. Fais du feu pour le froid des amours mortes et pour éclairer ce qui a été perdu. Fais du feu pour la vie, pour tout ce qui vibre et respire et pour tout ce qui attend d’être embrasé par la tendresse.

    Le jeu de la langue

    « Chaque rythme, parfois étincelle. Chaque phrase, une flamme qui réveille. »

    La langue de Rodney Saint-Éloi frappe par son intensité et sa précision, toujours. Elle rassemble des images et des voix. Elle est parfois rugueuse, parfois tendre, mais toujours consciente de ce qu’elle cherche à dire. C’est sa force. Il écrit pour ne pas laisser la nuit gagner. Il écrit pour que nos solitudes se rencontrent, pour que les frontières tombent, pour que l’exil cesse d’être un arrachement et devienne une traversée vers l’autre. Fais du feu est un chant de résistance et de beauté. Un livre qui dit que, malgré les blessures, malgré les pertes, malgré le temps qui passe et la mémoire qui s’effiloche, il reste toujours un feu possible à allumer : dans nos cœurs, dans nos rues et dans nos gestes les plus simples. Lire ce recueil, c’est accepter d’être traversé, d’être consumé un peu, pour renaître plus humain, plus tendre et plus ouvert.

    Rodney Saint-Éloi, Fais du feu, Mémoire d’encrier, 2025, 174 p.

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