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    Le phénomène « Restavèk » n’est pas un jeu

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    Par Jean-Max St Fleur

    Si l’esclavage est officiellement aboli en Haïti, le phénomène Restavèk – domesticité en français – perdure dans l’ancienne colonie. L’infâme tradition condamne des milliers d’enfants de 6 à 17 ans à travailler sans être payés. Cette pratique séculaire et néfaste pour les enfants haïtiens a été évoquée lors de la sixième édition du Festithéâtecréole

    Les panélistes Gabriel Osson et Jacques Adler Jean-Pierre ont dressé un tableau sombre de cette pratique sociale lors d’une causerie, relayée sur internet, dans la soiree du 6 novembre 2024, par la Compagnie Théâtre Créole, l’organisme porteur du Festithéâtecréole

    « Le phénomène Restavèk a des impacts non seulement sur les enfants qui en sont les victimes directes mais aussi sur toute la société », a déclaré d’entrée de jeu Gabriel Osson. Ce dernier, qui a vécu dans sa chair les effets néfastes du phénomène, en veut pour preuves l’augmentation du nombre des enfants des rues, leur enrôlement forcé dans les groupes armés et leur implication dans les actes criminels. En effet, selon un rapport de l’organisme onusien UNICEF, paru en mai 2024, il y aurait entre 30% et 50% d’enfants enrôlés de forces dans les groupes armés en Haïti.

    Inégalités sociales et la pauvreté

    Pour mieux cerner les conséquences de ce fléau, l’auteur du roman à succès « Hubert, le Restavèk » a attiré l’attention sur les causes profondes de ce fléau. Selon lui, ce phénomène social puise sa source dans les inégalités sociales et la pauvreté qui minent le pays, notamment les zones rurales. « Ce n’est pas un secret, dit-il. Dans les familles très pauvres qui vivent généralement en campagne, les parents ont tendance à envoyer leurs enfants dans des foyers plus aisés à Port-au-Prince pensant donner à leur progéniture une chance d’avoir une vie meilleure. Et c’est là que le mal commence. »

    Pour Jacques Adler Jean-Pierre, cette pratique sociale ancrée dans les coutumes haïtiennes ne fait que nourrir la violence dans un pays où l’esclavage est officiellement aboli mais où l’infâme tradition des restavèk se perpétue d’une génération à l’autre. Ces enfants, observe le comédien et homme de médias, vivent et grandissent sans amour, sans prise en charge et avec un sentiment de victimisation. « S’il n’y a pas d’actions pour contrer le phénomène, cela crée une chaîne d’injustices qui nourrit à son tour le cycle de la pauvreté. Ces enfants reproduiront ce qu’ils auront vécu », a-t-il prévenu. 

    Le phénomène restavèk, qui réduit l’enfant à la servitude, développe chez ce dernier un sentiment d’infériorité, un réflexe d’acceptation de l’inacceptable. Jean-Pierre redoute que l’exploitation et l’injustice que subissent ces innocents soient intériorisées comme normales dans leur vie d’adulte.

    La « mentalité restavèk » semble être déjà une réalité pour certains des internautes qui lâchent au cours de la causerie quelques commentaires caustiques. « Certains de nos dirigeants ont malheureusement cette mentalité quand ils doivent prendre des décisions pour le pays ou faire valoir leurs positions devant des chefs d’État des autres nations », écrit un participant.

    Les échanges ont été si fructueux que l’animatrice Winnie J. n’a pas vu passer le temps qui était alloué à la causerie. Il y avait tellement de choses à dire sur ce sujet. Pour reprendre Ginou Pierre Taverne, l’une des internautes qui a suivi la causerie, le phénomène restavèk n’est pas un sujet nouveau. À chaque fois qu’on invoque cette pratique sociale dégradante qui mine la vie de milliers d’enfants, notamment les fillettes, on se rend compte que le mal est encore plus profond qu’on ne l’imagine habituellement.

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