{"id":752,"date":"2024-10-13T12:41:25","date_gmt":"2024-10-13T16:41:25","guid":{"rendered":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/?p=752"},"modified":"2024-10-13T13:44:50","modified_gmt":"2024-10-13T17:44:50","slug":"quand-loeuvre-dart-devient-memoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/signe\/quand-loeuvre-dart-devient-memoire\/","title":{"rendered":"Quand l\u2019\u0153uvre d\u2019art devient m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Doctorant en anthropologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa, Max Robenson Vilaire Dortilus est le r\u00e9dacteur invit\u00e9 de la treizi\u00e8me \u00e9dition de COM1. Sp\u00e9cialis\u00e9 en \u00e9tudes des arts et des cr\u00e9ations visuelles, il analyse quatorze \u0153uvres de Rose-Margarette Milc\u00e9 Bien-Aim\u00e9 et de Frantz Clairvil pr\u00e9sent\u00e9es au cours du <\/strong><strong><em>Festival du Souvenir 2024<\/em><\/strong><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Par Max Robenson Vilaire Dortilus&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color\">L\u2019iconographie de Rose-Margarette Milc\u00e9 Bien-Aim\u00e9 : un surr\u00e9alisme de deux \u00e9tats&nbsp;<\/mark><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019iconographie de la peinture de Rose-Margarette Milc\u00e9 Bien-Aim\u00e9<strong> <\/strong>t\u00e9moigne d\u2019un surr\u00e9alisme puissant caract\u00e9ris\u00e9 par des formes simplifi\u00e9es, rappelant <em>Le chien aboyant \u00e0 la lune<\/em> (1926) de Joan Mir\u00f3. La structure de surface de sa peinture d\u00e9voile la dimension profond\u00e9ment po\u00e9tique du r\u00e9el sans enfermement esth\u00e9tique, similaire \u00e0 celle de Wifredo Lam dans <em>La Jungle<\/em> (1943). L\u2019artiste ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 peindre la r\u00e9alit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre. Les figures et les visages qu\u2019elle d\u00e9finit un peu spontan\u00e9ment \u00e0 travers son coloris sont non reproductibles, un peu \u00e0 la mani\u00e8re de Jean-Michel Basquiat <em>Untitled Skull<\/em> (1981).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son tableau, que je titre <em>Les naufrag\u00e9s inconnus<\/em>, illustre des personnages aux longs corps dans une mer agit\u00e9e, \u00e9voquant la lutte pour la survie. Cette \u0153uvre, tout comme <em>La C\u00e9l\u00e9bration de la Grande Nuit <\/em>d\u2019Edouard Duval-Carri\u00e9 (1994), dans sa force narrative d\u00e9pouill\u00e9e d\u2019artifice, fait appel au chaos. L\u2019artiste unit le r\u00e9el et l\u2019imaginaire pour \u00e9veiller chez le regardeur ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu dans les profondeurs de son \u00eatre. Devant les visages peints par l\u2019artiste, le spectateur est invit\u00e9 \u00e0 une th\u00e9rapie personnelle, une exp\u00e9rience semblable \u00e0 celle provoqu\u00e9e par <em>Guernica<\/em> de Pablo Picasso (1937).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Milc\u00e9 Bien-Aim\u00e9 rapproche deux formes de perte, pour reprendre ce terme de L\u00e9a Vuong dans son d\u00e9veloppement de la notion de \u00ab ruine \u00bb qu\u2019elle a reprise chez Svetlana Boym : le<em> perdu r\u00e9cup\u00e9rable<\/em>, qui implique un \u00e9tat th\u00e9rapeutique et la possibilit\u00e9 de gu\u00e9rison des blessures historiques, et le <em>perdu irr\u00e9cup\u00e9rable<\/em>, qui \u00e9voque un \u00e9tat d\u2019amn\u00e9sie ou de nostalgie d\u2019une histoire que le temps a rendu inaccessible. Cette dualit\u00e9 s\u2019inscrit dans une r\u00e9flexion sur les traces laiss\u00e9es par l\u2019esclavage et la colonisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color\">La peinture caract\u00e9rielle de Frantz Clairvil : symbolisme et universalisme en duel<\/mark><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Frantz Clairvil, quant \u00e0 lui, adopte une approche comparable \u00e0 celle existant dans <em>No. 5<\/em> (1948) de Jackson Pollock, marqu\u00e9e par une r\u00e9currence de motifs tels que les t\u00e2ches, les traces et les circularit\u00e9s, pour \u00e9voquer une \u00e9nergie brute. L\u2019iconographie de sa peinture exprime ainsi des sensations troublantes, des mouvements irr\u00e9guliers et des d\u00e9bordements traduisant une violence int\u00e9rieure. Une de ses \u0153uvres phares, <em>Travers\u00e9e des captifs africains<\/em>, aborde les conditions inhumaines du transport des esclaves pendant le commerce triangulaire. Cette peinture, \u00e0 l\u2019instar des silhouettes de Kara Walker dans <em>The Crossing <\/em>(2017), cr\u00e9e une <em>pr\u00e9sentification<\/em> d\u2019une absence qui laisse des marques ind\u00e9l\u00e9biles chez les peuples victimes de ce pan d\u2019histoire. Clairvil, sans souci de narrativiser, invite ainsi le spectateur \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une m\u00e9ditation sur les impacts de l\u2019esclavage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par ailleurs, Clairvil peint parfois \u00ab rectangle sur rectangle \u00bb qui repr\u00e9sente fondamentalement sa technique picturale. Cette mani\u00e8re de peindre constitue aussi presqu\u2019enti\u00e8rement la structure et l\u2019ordre logique de composition et de l\u2019\u00e9volution de sa peinture. \u00c0 travers cette technique sont repris et r\u00e9partis des ic\u00f4nes dans une suite logique de production de nouveaux tableaux. Toutefois, la bidimensionnalit\u00e9 est universelle chez Clairvil, \u00e0 la lumi\u00e8re du <em>Senecio <\/em>(1922) de Paul Klee. Les couleurs primaires (bleu et rouge) aux c\u00f4t\u00e9s du noir sur un fond blanc, qu\u2019il adopte parfois, double son symbolisme d\u2019un universalisme. L\u2019adoption de ces couleurs pures fait appel aux difficult\u00e9s du \u00ab vivre ensemble \u00bb en Ha\u00efti, en m\u00eame temps que cela rappelle les moments de l\u2019histoire du drapeau ha\u00eftien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En plus, un peu comme chez Mark Rothko, l\u2019application du niveau z\u00e9ro si fr\u00e9quent dans la peinture de Clairvil caract\u00e9rise son universalisme. L\u2019espace et le temps libres dans lesquels peuvent se d\u00e9ployer l\u2019objet et sa forme inconnus sont d\u2019une grande importance pour l\u2019artiste. Toutes les positions et tous les angles se valent pour lire sa peinture en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019Yves Klein dans <em>IKB 191<\/em> (1962), pla\u00e7ant ainsi le spectateur dans une libert\u00e9 contemplative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Somme toute, les \u0153uvres de Rose-Margarette Milc\u00e9 Bien-Aim\u00e9 et Frantz Clairvil se compl\u00e8tent pour cr\u00e9er un puissant dialogue entre l\u2019histoire et la m\u00e9moire, le r\u00e9el et l\u2019imaginaire. Leur exploration du th\u00e8me <em>D\u00e9sirs de s\u2019affranchir<\/em> interpelle sur les s\u00e9quelles de l\u2019esclavage. \u00c0 travers leurs \u0153uvres, l\u2019art devient un espace de r\u00e9sistance, de gu\u00e9rison et de reconstruction, invitant le spectateur \u00e0 revisiter les m\u00e9moires enfouies, \u00e0 se confronter au pass\u00e9 tout en se projetant dans l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"604\" height=\"896\" src=\"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Au-prix-de-mes-reves-une-toile-de-la-peintre-Rose-Margarette-Milce-Bien-Aime-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-797\" srcset=\"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Au-prix-de-mes-reves-une-toile-de-la-peintre-Rose-Margarette-Milce-Bien-Aime-1.jpg 604w, https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Au-prix-de-mes-reves-une-toile-de-la-peintre-Rose-Margarette-Milce-Bien-Aime-1-202x300.jpg 202w, https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Au-prix-de-mes-reves-une-toile-de-la-peintre-Rose-Margarette-Milce-Bien-Aime-1-150x223.jpg 150w, https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Au-prix-de-mes-reves-une-toile-de-la-peintre-Rose-Margarette-Milce-Bien-Aime-1-300x445.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Au prix de mes r\u00eaves, une toile de la peintre Rose-Margarette Milc\u00e9 Bien-Aim\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"597\" height=\"290\" data-id=\"821\" src=\"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Traversee-des-captifs-une-toile-du-peintre-Frantz-Clairvil-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-821\" srcset=\"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Traversee-des-captifs-une-toile-du-peintre-Frantz-Clairvil-1.jpg 597w, https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Traversee-des-captifs-une-toile-du-peintre-Frantz-Clairvil-1-300x146.jpg 300w, https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Traversee-des-captifs-une-toile-du-peintre-Frantz-Clairvil-1-150x73.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 597px) 100vw, 597px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Travers\u00e9e des captifs, une toile du peintre Frantz Clairvil<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Doctorant en anthropologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa, Max Robenson Vilaire Dortilus est le r\u00e9dacteur invit\u00e9 de la treizi\u00e8me \u00e9dition de COM1. 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