{"id":746,"date":"2024-10-13T17:38:41","date_gmt":"2024-10-13T21:38:41","guid":{"rendered":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/?p=746"},"modified":"2024-10-18T16:08:45","modified_gmt":"2024-10-18T20:08:45","slug":"de-si-jolies-petites-plages-miroir-dune-humanite-qui-perd-son-ame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/livrezvous\/de-si-jolies-petites-plages-miroir-dune-humanite-qui-perd-son-ame\/","title":{"rendered":"De si jolies petites plages : miroir d\u2019une humanit\u00e9 qui perd son \u00e2me"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Par Claude Gilles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>M\u00e9moire d\u2019encrier insuffle un regain de vitalit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Jean-Claude Charles. Pour que cet immense \u00e9crivain disparu en 2008 ne tombe pas dans l\u2019oubli, la maison d\u2019\u00e9dition M\u00e9moire d\u2019Encrier a convenu de r\u00e9\u00e9diter tous ses ouvrages. <\/strong><strong><em>De si jolies petites plages<\/em><\/strong><strong>, r\u00e9cit-reportage de 280 pages, r\u00e9appara\u00eet ainsi dans nos librairies<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>De la sorte, l\u2019\u0153uvre de Jean-Claude Charles ne le suivra pas dans la tombe. Elle trouve, bien au contraire, un regain de vitalit\u00e9 et de visibilit\u00e9 depuis que les \u00e9ditions M\u00e9moire d\u2019Encrier ont entrepris la r\u00e9\u00e9dition compl\u00e8te des productions de celui qui s\u2019\u00e9tait toujours pr\u00e9sent\u00e9 comme un <em>n\u00e8gre errant<\/em>, un nomade aux semelles de vent.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s <em>N\u00e9gociations<\/em>, <em>Manhattan Blues<\/em>, <em>Bamboola Bamboche<\/em>, la maison d\u2019\u00e9dition remet <em>De si jolies petites plages<\/em> entre les mains des lectrices et des lecteurs. Paru pour la premi\u00e8re fois en 1982, ce r\u00e9cit ethnographique du milieu carc\u00e9ral est introduit dans les librairies comme si c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois.<mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color\"> <strong>La migration, th\u00e8me central de ce r\u00e9cit-reportage, demeure br\u00fblante, comme le souligne le nouvel \u00e9diteur. En adoptant la m\u00e9thode compr\u00e9hensive \u2013 con\u00e7ue par Max Weber \u2013 de la r\u00e9alit\u00e9 en consid\u00e9rant les choses comme des \u00ab actions sociales \u00bb, l\u2019\u00e9crivain accorde la parole \u00e0 ceux qui vivaient l\u2019exode dans leur chair souvent bless\u00e9e.<\/strong><\/mark> \u00c0 ceux qui traversaient l\u2019oc\u00e9an Atlantique sur des embarcations de fortune au p\u00e9ril de leurs vies.<\/p>\n\n\n\n<p><em>De si jolies petites plages<\/em> est, en effet, le r\u00e9cit de r\u00e9fugi\u00e9s ha\u00eftiens qui fuyaient la presqu\u2019\u00eele carib\u00e9enne au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. La trag\u00e9die de ces migrants emprisonn\u00e9s quand ils ne sont pas noy\u00e9s est narr\u00e9e dans le livre documentaire de Jean-Claude Charles. Dans ce livre coup de poing (4e de couverture), le <strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color\">p\u00e8re du concept de l\u2019<em>enracinerrance<\/em><\/mark><\/strong> se fait citoyen en menant \u00e0 fond son investigation sur des r\u00e9fugi\u00e9s de la mer cherchant \u00e0 atteindre les c\u00f4tes de la Floride.<\/p>\n\n\n\n<p><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color\"><strong>Ce projet, analyse St\u00e9phane Saintil, \u00ab porterait un potentiel politique insoup\u00e7onn\u00e9 dans le sens qu\u2019il appellerait de nouvelles mani\u00e8res de <em>faire litt\u00e9rature<\/em> et d\u2019\u00eatre ensemble, la libre circulation des hommes, des id\u00e9es et des cr\u00e9ations selon les mots de Charles \u00bb[1]. Dans cette perspective, \u00ab son \u0153uvre garde, selon Parisot, toute sa pertinence dans le contexte post-colonial marqu\u00e9 par la migration des murs pour paraphraser le po\u00e8te James No\u00ebl \u00bb[2].<\/strong><\/mark><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enqu\u00eate de Jean-Claude Charles jette l\u2019opprobre sur les lois et institutions am\u00e9ricaines. Sur les \u00c9tats-Unis tout court. Le grand voisin d\u2019Ha\u00efti d\u00e9montrait d\u00e9j\u00e0, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, que l\u2019inf\u00e2me traitement inflig\u00e9 aux r\u00e9fugi\u00e9s de la mer n\u2019est que l\u2019iceberg d\u2019une humanit\u00e9 qui perd son \u00e2me. Cet \u00e9lan de d\u00e9nonciation est soutenu par des faits t\u00e9moignant de la d\u00e9sillusion de ceux et celles qui voyaient dans la Floride un carrefour fraternel dans les Cara\u00efbes. <\/p>\n\n\n\n<p>Le natif d\u2019Ha\u00efti \u2013 l\u2019ancienne colonie Saint-Domingue sur laquelle le sang s\u00e9ch\u00e9 depuis longtemps des esclaves est omnipr\u00e9sent \u2013 contextualise, compare et relate des statistiques pour faire de <em>De si jolies petites plages<\/em> le livre magnifique qu\u2019il est aujourd\u2019hui encore. Dans <em>Noyades<\/em>, le quatri\u00e8me des onze textes du livre situ\u00e9 dans le temps et l\u2019espace, d\u00e9crit <em>La Nativit\u00e9<\/em>, un petit voilier en bois pouvant transporter au maximum dix personnes, qui tangue au large. Il y avait soixante-trois personnes \u00e0 bord, en quittant Cap-Ha\u00eftien. Elles arrivent enfin au bout des quelque treize cents kilom\u00e8tres qui s\u00e9parent leur port d\u2019origine de la Floride.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em> La Nativit\u00e9<\/em>, bringuebal\u00e9e \u00e0 moins de cinq cents m\u00e8tres devant la crique de Hillsboro, petite communaut\u00e9 r\u00e9sidentielle au nord de Fort Lauderdale, chavire \u00bb (pp. 89-90). Bilan ! Trente-trois de ces r\u00e9fugi\u00e9s de la mer morts par noyade. Des corps restaient coinc\u00e9s sous la coque du bateau.<\/p>\n\n\n\n<p><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color\"><strong>Malgr\u00e9 ces nombreux corps rep\u00each\u00e9s, quand ils ne sont pas mang\u00e9s par les requins, une diaspora ha\u00eftienne se dessine, puis s\u2019\u00e9tablit en Floride au point de modifier le portrait de la population de Miami et de ses environs. Page apr\u00e8s page, Charles laisse d\u00e9filer des histoires qui ne laissent pas les lecteurs indiff\u00e9rents. Un voyage aller-retour entre Ha\u00efti, la Floride et souvent les Bahamas, l\u2019autre Eldorado r\u00eav\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s de la mer des ann\u00e9es 1980.<\/strong><\/mark><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019historicit\u00e9 de l\u2019\u00e9migration ha\u00eftienne se d\u00e9cline en trois vagues chez Charles. La premi\u00e8re remonte aux ann\u00e9es 1920. Il s\u2019agissait des <em>braceros<\/em>, coupeurs de canne de la R\u00e9publique dominicaine et de Cuba. Ce trafic annuel de main-d\u2019\u0153uvre a une r\u00e9f\u00e9rence litt\u00e9raire : <em>Gouverneurs de la ros\u00e9e<\/em>, roman de Jacques Roumain.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re cr\u00eate document\u00e9e de cette \u00e9migration remonte au 12 d\u00e9cembre 1972, date de l\u2019arriv\u00e9e des soixante-cinq premiers r\u00e9fugi\u00e9s de la mer sur les c\u00f4tes de la Floride, aux \u00c9tats-Unis. Ils ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s pour \u00ab d\u00e9lit de recherche du bonheur \u00bb, chef d\u2019accusation joliment nomm\u00e9 par Jean-Claude Charles.<\/p>\n\n\n\n<p>Beau travail de m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Charles, Jean-Claude. 2016. <em>De si jolies petites plages<\/em>, M\u00e9moire d&rsquo;Encrier, Montr\u00e9al, Qu\u00e9bec.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[1] https:\/\/journals.openedition.org\/studifrancesi\/49158<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Ibid<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"300\" src=\"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Jean-Claude_Charles.-\u00a9-Credit-Patrick-Bardjpg.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-924\" srcset=\"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Jean-Claude_Charles.-\u00a9-Credit-Patrick-Bardjpg.jpg 300w, https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Jean-Claude_Charles.-\u00a9-Credit-Patrick-Bardjpg-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;\u00e9crivain Jean-Claude Charles. Cr\u00e9dit photo: Patrick Bardjpg<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Claude Gilles M\u00e9moire d\u2019encrier insuffle un regain de vitalit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Jean-Claude Charles. Pour que cet immense \u00e9crivain disparu en 2008 ne tombe pas dans l\u2019oubli, la maison d\u2019\u00e9dition M\u00e9moire d\u2019Encrier a convenu de r\u00e9\u00e9diter tous ses ouvrages. De si jolies petites plages, r\u00e9cit-reportage de 280 pages, r\u00e9appara\u00eet ainsi dans nos librairies. 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