{"id":554,"date":"2024-05-04T20:31:50","date_gmt":"2024-05-05T00:31:50","guid":{"rendered":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/?p=554"},"modified":"2024-05-05T12:07:23","modified_gmt":"2024-05-05T16:07:23","slug":"la-pianiste-marianne-parker-joue-gifrants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/signe\/la-pianiste-marianne-parker-joue-gifrants\/","title":{"rendered":"La pianiste Marianne Parker joue Gifrants"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le musicologue Claude Dauphin est le r\u00e9dacteur invit\u00e9 de la dixi\u00e8me 100% f\u00e9minin de COM1. L\u2019auteur de l\u2019<em>Histoire du style musical d\u2019Ha\u00efti <\/em>nous plonge dans l\u2019univers musical de Marianne Parker. Dans le cadre du <em>Mois de l\u2019histoire des Noirs<\/em> 2024, la pianiste am\u00e9ricaine joue Gifrants.&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le samedi 10 f\u00e9vrier dernier, un public de m\u00e9lomanes fervents envahissait la salle Oliver Jones de la Maison culturelle et communautaire de Montr\u00e9al-Nord pour assister au r\u00e9cital de piano constitu\u00e9 d\u2019\u0153uvres ha\u00eftiennes classiques interpr\u00e9t\u00e9es par la r\u00e9put\u00e9e pianiste am\u00e9ricaine Marianne Parker. Coordination r\u00e9ussie des producteurs de l\u2019\u00e9v\u00e9nement (MEL Productions et Soci\u00e9t\u00e9 de recherche et de diffusion de la musique ha\u00eftienne) ? Curiosit\u00e9 d\u2019un public en qu\u00eate de r\u00e9pertoires nouveaux ? Une heureuse combinaison de ces deux motifs justifiait le franc succ\u00e8s de cette \u00e9mouvante soir\u00e9e de concert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parlons d\u2019abord du r\u00e9pertoire inhabituel de ce programme de musique classique. En vedette sur l\u2019affiche avec la pianiste, le compositeur ha\u00eftien \u00e9tabli en r\u00e9gion montr\u00e9alaise, Gifrants, jouit d\u2019une r\u00e9putation solidement acquise chez les m\u00e9lomanes courtis\u00e9s par les deux producteurs. S\u2019il \u0153uvre dans la chanson jazz\u00e9e d\u2019inspiration cr\u00e9ole, Gifrants s\u2019impose surtout comme compositeur classique dont l\u2019\u0153uvre s\u2019adresse au quatuor \u00e0 cordes, \u00e0 l\u2019orchestre symphonique et au piano. Le r\u00e9cital de Marianne Parker \u00e9tait vou\u00e9 \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une de ses compositions r\u00e9centes intitul\u00e9e <em>Pyano sa,<\/em> dont le CD, enregistr\u00e9 par la m\u00eame interpr\u00e8te, circule d\u00e9j\u00e0 depuis novembre 2020. Mais loin de se limiter \u00e0 <em>Pyano sa, <\/em>ce r\u00e9cital jonglait avec le concept de l\u2019intercalation. En effet<em>, <\/em>Marianne Parker est all\u00e9e puiser aussi dans <em>Etens\u00e8l,<\/em> un autre recueil de Gifrants. Et, pour varier encore plus ses sources, la pianiste, qui d\u00e9fend d\u2019autres compositeurs ha\u00eftiens d\u2019h\u00e9ritage romantique comme Edmond Saintonge (1861-1907) et Ludovic Lamothe (1882-1953), eut la fantaisie d\u2019intercaler entre les mouvements aux accents modernes et exploratoires de Gifrants, des pi\u00e8ces choisies chez ces deux devanciers de l\u2019\u00c9cole nationale de composition classique d\u2019Ha\u00efti. Cette heureuse diversit\u00e9 de langages et de styles mit en \u00e9vidence les propri\u00e9t\u00e9s de chaque p\u00e9riode tout en d\u00e9voilant l\u2019ampleur et la vari\u00e9t\u00e9 du domaine de l\u2019expression musicale si riche de la culture ha\u00eftienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux pi\u00e8ces de <em>Pyano sa <\/em>de Gifrants ouvraient le r\u00e9cital : \u00ab <em>Emosyon<\/em> \u00bb et \u00ab <em>Pi\u00e8ce enfantine<\/em> \u00bb. Marianne Parker prenait visiblement plaisir \u00e0 taquiner les touches de son clavier en parcourant la diversit\u00e9 des nuances expos\u00e9es dans \u00ab <em>Emosyon<\/em> \u00bb : notes piqu\u00e9es, notes accentu\u00e9es, notes piqu\u00e9es et accentu\u00e9es, notes point\u00e9es, mais piqu\u00e9es, trait <em>decrescendo<\/em> arr\u00eat\u00e9 par un <em>staccato<\/em> imp\u00e9ratif. Une telle vari\u00e9t\u00e9 de jeux exige une attention soutenue et infaillible de la part de l\u2019interpr\u00e8te. De fil en aiguille, l\u2019auditoire a \u00e9t\u00e9 conduit dans un univers ludique qui culminait avec le rondo de la <em>Pi\u00e8ce enfantine <\/em>fond\u00e9e sur une libre et capricieuse exploration des registres extr\u00eames du clavier tout aussi virtuose qu\u2019<em>Emosyon.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le concert bifurqua alors vers le style dansant, enrubann\u00e9, romantique et nostalgique, teint\u00e9 d\u2019hispanismes de Ludovic Lamothe. En effet, la <em>Danza N<\/em><em><sup>o<\/sup><\/em><em> 3<\/em> de cet incontournable compositeur nationaliste ha\u00eftien de la premi\u00e8re \u00e8re contrastait radicalement avec le mode enjou\u00e9 et zigzagant des deux premi\u00e8res pi\u00e8ces de Gifrants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s Lamothe, retour \u00e0 Gifrants avec <em>Sansasyon, <\/em>une pi\u00e8ce extraite du recueil <em>Etens\u00e8l<\/em>. Puis la page se tourne de nouveau vers Lamothe dont la <em>Danza N<\/em><em><sup>o<\/sup><\/em><em> 4<\/em> ram\u00e8ne aux danses nostalgiques drap\u00e9es dans des volutes d\u2019\u00e9l\u00e9gance et de ritournelles louvoyantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux pi\u00e8ces modernes r\u00e9orientent l\u2019attention vers le compositeur en vedette : <em>Yanvalou Ginen<\/em> et <em>Balad damou<\/em> de Gifrants. Inspir\u00e9 d\u2019une danse rituelle du vaudou souple et ondulante, le <em>Yanvalou <\/em>de Gifrants exacerbe le drame rituel qui se joue quand le fid\u00e8le en transe est disput\u00e9 par deux esprits rivaux et mena\u00e7ants dits <em>lwa bosal <\/em>que les adeptes du culte se repr\u00e9sentent comme venant directement de Guin\u00e9e. La tension s\u2019apaise dans une section \u00ab gracioso \u00bb o\u00f9 la m\u00e9taphore des tambours dans le grave du piano r\u00e9pond en contrepoint au motif d\u2019un cri d\u2019oiseau dans l\u2019aigu. Alors surgit <em>Balad damou <\/em>qui confirme l\u2019habilet\u00e9 du compositeur \u00e0 jouer des contrastes : envol\u00e9es lyriques, marqu\u00e9es \u00ab amoroso \u00bb dans la partition, et \u00e9pisodes \u00e9chevel\u00e9s, marqu\u00e9s \u00ab con fuoco \u00bb. La pi\u00e8ce demeure domin\u00e9e par un <em>ostinato<\/em> de la basse symbolisant la promenade des amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suivent les trois <em>Pages intimes<\/em> d\u2019Edmond Saintonge, \u00ab D\u00e9sesp\u00e9rance \u00bb, \u00ab M\u00e9lancholie \u00bb et \u00ab Causerie sentimentale \u00bb, essence du romantisme de ce compositeur \u00e0 la destin\u00e9e tragique, anticipateur de l\u2019\u00c9cole nationale de la composition musicale ha\u00eftienne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ar\u00f4me musical<\/em> de Gifrants, dernier morceau du cycle <em>Pyano sa, <\/em>a \u00e9t\u00e9 choisi par Marianne Parker pour conclure son \u00e9mouvant r\u00e9cital. L\u2019expression na\u00eet dans le grave du piano d\u2019o\u00f9 un magma sonore s\u2019exhale en arp\u00e8ges ascendants flottant comme nuages de parfum dans l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le public ravi exprima son \u00e9merveillement par des applaudissements nourris et chaleureux malgr\u00e9 le regret justifi\u00e9 de plusieurs m\u00e9lomanes qu\u2019un si merveilleux r\u00e9cital ait \u00e9t\u00e9 alt\u00e9r\u00e9 par l\u2019amplification artificielle du piano dont l\u2019acoustique naturelle aurait rehauss\u00e9 davantage encore le jeu d\u2019une interpr\u00e8te si inspir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Par Claude Dauphin, musicologue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Auteur de l\u2019<em>Histoire du style musical d\u2019Ha\u00efti<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Montr\u00e9al, \u00e9d. M\u00e9moire d\u2019encrier, 2014)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le musicologue Claude Dauphin est le r\u00e9dacteur invit\u00e9 de la dixi\u00e8me 100% f\u00e9minin de COM1. L\u2019auteur de l\u2019Histoire du style musical d\u2019Ha\u00efti nous plonge dans l\u2019univers musical de Marianne Parker. 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