{"id":448,"date":"2024-05-03T17:51:16","date_gmt":"2024-05-03T21:51:16","guid":{"rendered":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/?p=448"},"modified":"2024-05-05T11:17:36","modified_gmt":"2024-05-05T15:17:36","slug":"timothy-findley-la-guerre-qui-mettra-fin-a-toutes-les-guerres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/litterature\/timothy-findley-la-guerre-qui-mettra-fin-a-toutes-les-guerres\/","title":{"rendered":"Timothy Findley : \u00ab la guerre qui mettra fin \u00e0 toutes les guerres \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u00e9 \u00e0 Toronto, le 30 octobre 1930, Timothy Findley, d\u2019abord acteur, obtient son premier grand succ\u00e8s avec son troisi\u00e8me roman <em>Guerres<\/em> (1977). Celui-ci conna\u00eet en 1983 une adaptation au cin\u00e9ma r\u00e9alis\u00e9e par Robin Phillipps avec Richard Austin et pour lequel il re\u00e7oit le prix litt\u00e9raire du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral. \u00c9videmment, ce roman \u00e0 la construction tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e autour de la vie palpitante du lieutenant canadien, Robert Ross durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale fait \u00e9cho \u00e0 la guerre en Ukraine envahie par l\u2019arm\u00e9e russe depuis le 24 f\u00e9vrier 2022. Pour d\u00e9crire cette vie de guerrier que l\u2019arm\u00e9e envoya rejoindre la 30<sup>e<\/sup> batterie d\u2019artillerie de campagne \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 Lethbridge, Alberta, le 2 avril 1915, Timothy Findley qui est mort le 21 juin 2002, par besoin et par all\u00e9gresse, fouille avec patience et application dans chaque \u00e9l\u00e9ment de chaque archive, tente de recoller les morceaux, et finit par composer un portrait aussi soign\u00e9 que possible de cette \u00e9poque et de ces pays europ\u00e9ens en convulsion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>The Wars<\/em> (Guerres), traduit de l\u2019anglais par Eric Diacon qui s\u2019ouvre sur une citation de Von Clausewitz, le grand th\u00e9oricien des strat\u00e9gies guerri\u00e8res, est encore d\u2019actualit\u00e9 pas seulement \u00e0 cause de sa charge \u00e9motionnelle et spectaculaire. Sa construction n\u2019est qu\u2019une fa\u00e7on de nous attraper par le col pour ne plus nous l\u00e2cher : l\u2019espoir se fait rare, le ton est d\u00e9sabus\u00e9, et pourtant se d\u00e9gage de ce flot de th\u00e9matiques complexes (la mort, la violence, l\u2019amour, la d\u00e9mesure et l\u2019absurdit\u00e9 de la guerre, l\u2019enfance malheureuse, l\u2019oubli) une \u00e9nergie nimb\u00e9e de lucidit\u00e9. Car lire \u00ab Guerres \u00bb, c\u2019est ne pas savoir de quoi demain sera fait, pas plus que les prochaines ann\u00e9es ou semaines. \u00c0 l\u2019image d\u2019un sc\u00e9nario tr\u00e8s rythm\u00e9, le style est sobre et brillant, et il s\u00e9duit sans lassitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le romancier-enqu\u00eateur, digne repr\u00e9sentant de la litt\u00e9rature canadienne anglophone, c\u2019est bien un programme : chaque indice est un message, une pr\u00e9cieuse information, et les recherches sur le personnage principal \u2013 il y a un tas d\u2019autres personnages \u2013 concernent aussi bien son enfance \u00e0 Toronto que les tranch\u00e9es boueuses et jonch\u00e9es de cadavres d\u2019Ypres, dans les Flandres (France), sans oublier l\u2019Angleterre avec son charme ineffable. Viol\u00e9 par des fr\u00e8res d\u2019armes, puis sauv\u00e9 miraculeusement lors d\u2019un bombardement ennemi \u00e0 Saint-\u00c9loi, en Belgique, devenu d\u00e9serteur apr\u00e8s avoir \u00ab tir\u00e9 une balle en plein front \u00bb du capitaine Leather \u00e0 la suite d\u2019un autre bombardement encore plus d\u00e9sastreux, Robert Ross, br\u00fbl\u00e9 \u00e0 mort et mis en \u00e9tat d\u2019arrestation, mourut dans d\u2019atroces souffrances en 1922. Quelques exemples des passages les plus poignants de cette fin de vie pleine de larmes : \u00ab \u00c0 travers les barreaux [ on avait mis des barri\u00e8res autour de son lit pour l\u2019emp\u00eacher de tomber, car pendant son sommeil, il essayait parfois de se lever], je lui ai dit : \u00ab Si vous voulez, je peux vous aider. \u00bb \u00c0 sa r\u00e9ponse, j\u2019ai su qu\u2019il avait compris. Il a simplement dit : \u00ab Pas encore \u00bb. Il aurait pu dire : \u00ab Non. \u00bb Il aurait pu dire : \u00ab Jamais \u00bb. Il aurait pu dire : \u00ab Oui. \u00bb Mais il a simplement dit \u00ab Pas encore. \u00bb Et ces deux mots, je crois, contiennent l\u2019essence m\u00eame de Robert Ross. Ou l\u2019essence de ce que signifie \u00ab \u00eatre vivant \u00bb (p. 291). Ou encore : \u00ab Il existe une photo de Robert et de Juliet prise peu de temps avant sa mort. Il porte un bonnet \u2013 une sorte de toque \u2013 tir\u00e9 sur les oreilles. Il n\u2019a pas de sourcils; son nez est d\u00e9form\u00e9; et son visage n\u2019est qu\u2019une masse de tissu cicatriciel. Juliet l\u00e8ve les yeux vers lui, tandis que lui-m\u00eame regarde l\u2019objectif. Il tient la main de Juliet. Et il sourit \u00bb (p. 292-293).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au moment o\u00f9 la Troisi\u00e8me Guerre mondiale pointe probablement \u00e0 l\u2019horizon, au milieu de ces <em>polycrises<\/em> continentales et r\u00e9gionales r\u00e9currentes, le roman de Thimothy Findley, plein de va-t\u2019en guerre \u2013 tels des moutons de Panurge \u2013, d\u00e9bordant de cruaut\u00e9 et de folie collective, nous pousse \u00e0 reconsid\u00e9rer nos vieux d\u00e9mons et nos instincts bestiaux. Qui, \u00e0 leur mani\u00e8re, disent forc\u00e9ment assez bien qui nous sommes : mortels et suicidaires.<em>Thimothy Findley. Guerres, Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise, 2000.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Toronto, le 30 octobre 1930, Timothy Findley, d\u2019abord acteur, obtient son premier grand succ\u00e8s avec son troisi\u00e8me roman Guerres (1977). 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