{"id":388,"date":"2024-05-02T22:16:14","date_gmt":"2024-05-03T02:16:14","guid":{"rendered":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/?p=388"},"modified":"2024-05-05T12:15:54","modified_gmt":"2024-05-05T16:15:54","slug":"canadienne-quebecoise-montrealaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/signe\/canadienne-quebecoise-montrealaise\/","title":{"rendered":"Canadienne? Qu\u00e9b\u00e9coise? Montr\u00e9alaise?\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p>En cette&nbsp;<em>Journ\u00e9e internationale des femmes<\/em>, je donne la parole aux Canadiennes de seconde g\u00e9n\u00e9ration issues de l\u2019Afrique subsaharienne qui ont accept\u00e9 de partager avec moi une parcelle de leur vie dans le cadre de ma recherche doctorale termin\u00e9e en 2021. Sans elles,&nbsp;la r\u00e9alisation de ce travail n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible et je ne serais pas devenue la femme que je suis aujourd\u2019hui!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<strong>Une adh\u00e9sion \u00e0 la collectivit\u00e9 n\u2019\u00e9tant jamais d\u00e9finitive et totale\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que la ville de Montr\u00e9al est per\u00e7ue comme un lieu plus cosmopolite, la province du Qu\u00e9bec est consid\u00e9r\u00e9e comme un endroit homog\u00e8ne et francophone. La composition ethnoculturelle de la ville de Montr\u00e9al et le degr\u00e9 d\u2019ouverture de la population envers les personnes racis\u00e9es fait en sorte que l\u2019ensemble des r\u00e9pondantes se sentent plus \u00e0 l\u2019aise \u00e0 Montr\u00e9al que dans le reste du Qu\u00e9bec. Elles se sentent donc davantage montr\u00e9alaises et canadiennes, et se disent tr\u00e8s rarement qu\u00e9b\u00e9coises : \u00ab Je me sens extr\u00eamement \u00e0 l\u2019aise \u00e0 Montr\u00e9al. Il y a des gens comme moi, je peux \u00eatre moi. Si je sors de Montr\u00e9al, je suis noire. Je suis une immigrante. C\u2019est l\u2019\u00e9tiquette qu\u2019on me colle au Qu\u00e9bec. Je ne me sens pas canadienne, je suis canadienne. Pour ce qui est du Qu\u00e9bec, je me sens mieux \u00e0 Montr\u00e9al. Je me sens donc montr\u00e9alaise, pas qu\u00e9b\u00e9coise \u00bb, mentionne Louise, une jeune burundaise de 21 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame ressenti pour Astrid et Nancy, deux jeunes femmes d\u2019origine congolaises de 29 et 26 ans, qui expriment de l\u2019inconfort vis-\u00e0-vis la province du Qu\u00e9bec, mais un sentiment de&nbsp;<em>chez soi<\/em>&nbsp;dans la ville de Montr\u00e9al : \u00ab Au Qu\u00e9bec, je ne me sens pas \u00e0 l\u2019aise. \u00c0 Montr\u00e9al oui \u00bb, t\u00e9moigne Astrid. \u00ab C\u2019est un peu comme une province du Canada pour moi. Il y a des reconstructions communautaires. Je me sens canadienne parce que je suis n\u00e9e ici. J\u2019ai le passeport canadien. J\u2019appr\u00e9cie les avantages du passeport \u00e0 l\u2019international. Qu\u00e9b\u00e9coise, non. Probablement jamais. Montr\u00e9alaise, oui je le suis. On voit la culture africaine, on existe \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Nancy se sent d\u2019abord canadienne, voire canadienne d\u2019origine congolaise. Elle mentionne \u00e9galement un faible sentiment d\u2019appartenance vis-\u00e0-vis de la province du Qu\u00e9bec : \u00ab Je n\u2019arrive pas \u00e0 m\u2019associer \u00e0 leur&nbsp;<em>Nous<\/em>&nbsp;qui n\u2019est pas du tout inclusif. J\u2019habite \u00e0 Montr\u00e9al, mais je ne me sens pas qu\u00e9b\u00e9coise \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab D\u2019o\u00f9 viens-tu \u00bb? Des modes d\u2019appartenances contextuelles, multiples et \u00e0 trait d\u2019union<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette forte appartenance \u00e0 l\u2019espace g\u00e9ographique montr\u00e9alais tient au fait que la ville se montre davantage \u00ab ouverte \u00bb sur le monde tout en pr\u00e9sentant une plus grande diversit\u00e9 culturelle, ce qui n\u2019est pas forc\u00e9ment le cas dans le reste de la province \u00bb. Kathya, afro descendante de 22 ans d\u2019origine congolaise, t\u00e9moigne de cette r\u00e9alit\u00e9 : \u00ab Je me sens extr\u00eamement \u00e0 l\u2019aise \u00e0 Montr\u00e9al. Il y a de la diversit\u00e9 culturelle. Si je sors de Montr\u00e9al, je suis noire. Je me sens \u00e9videmment canadienne parce que j\u2019ai la nationalit\u00e9. Pour ce qui est du Qu\u00e9bec, je me sens mieux \u00e0 Montr\u00e9al. Je me sens donc montr\u00e9alaise, pas qu\u00e9b\u00e9coise. Pour le Qu\u00e9bec je suis une \u00e9ternelle immigrante, pas une Qu\u00e9b\u00e9coise<em>&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 Anne, une jeune femme d\u2019origine camerounaise de 27 ans, elle exprime ses modes d\u2019appartenance en fonction de l\u2019espace g\u00e9ographique et de la personne interlocutrice :\u00abLe Qu\u00e9bec ce n\u2019est pas un endroit pour moi. Quand je parle avec des gens du Qu\u00e9bec, je me sens montr\u00e9alaise. Quand je suis hors du Canada, je me sens canadienne. Quand je suis au Canada, je me sens montr\u00e9alaise\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Myriam, jeune congolaise de 27 ans, ne cache pas son fort sentiment d\u2019appartenance pour la ville de Montr\u00e9al et le pays que repr\u00e9sente le Canada, mais aussi un sentiment de distance par rapport au Qu\u00e9bec : \u00ab La ville de Montr\u00e9al, c\u2019est moi \u00bb, dit-elle avant d\u2019ajouter \u00ab J\u2019aime beaucoup Montr\u00e9al. Qu\u00e9bec moins. Je me sens d\u00e9finitivement plus canadienne. Probablement parce que je n\u2019aime pas le Qu\u00e9bec. Je parle fran\u00e7ais, mais je suis canadienne. Comme je ne suis pas repr\u00e9sent\u00e9e, je ne suis pas qu\u00e9b\u00e9coise. Je reconnais ce pays qu\u2019est le Canada, pas le Qu\u00e9bec. Le Canada c\u2019est le pays dans lequel je vis, c\u2019est la citoyennet\u00e9 que j\u2019ai, c\u2019est le passeport que j\u2019ai, donc je suis canadienne. Qu\u00e9b\u00e9coise je dirais que je le suis d&rsquo;une certaine mani\u00e8re. Montr\u00e9alaise, je le suis d\u00e9finitivement\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, Carol, une canadienne d\u2019origine camerounaise insiste sur le fait que \u00ab Jamais, jamais, jamais je ne me sens qu\u00e9b\u00e9coise. En aucun cas\u00bb. Elle dit se sentir montr\u00e9alaise \u00aben tout temps&nbsp;<em>\u00bb,&nbsp;<\/em>et ce, m\u00eame si elle demeure \u00e0 Brossard. La jeune afro descendante de 20 ans \u00e9voque un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 lorsqu\u2019elle parle de Montr\u00e9al, une ville diversifi\u00e9e sur le plan culturel :\u00abC\u2019est tellement de diversit\u00e9. Je me sens en s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al. Je suis juste une personne et non pas une Noire \u00bb.Elle termine en exprimant un faible sentiment d\u2019appartenance vis-\u00e0-vis de la province francophone<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;<\/em>Quand on me dit que je suis qu\u00e9b\u00e9coise, je me sens insult\u00e9e. Mais en m\u00eame temps \u00e7a pourrait simplement d\u00e9signer quelqu\u2019un qui est n\u00e9 au Qu\u00e9bec\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, Montr\u00e9al est syst\u00e9matiquement compar\u00e9 au reste du Qu\u00e9bec sur le plan de la diversit\u00e9 ethnoculturelle. Revendiquant davantage une appartenance \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 canadienne et \u00e0 la ville de Montr\u00e9al, ces jeunes femmes expriment un faible sentiment d\u2019appartenance \u00e0 la nation qu\u00e9b\u00e9coise. Ces derni\u00e8res se sentent majoritairement plus montr\u00e9alaises que qu\u00e9b\u00e9coises. Elles se sentent toutes Canadiennes. Un sentiment de fiert\u00e9 est d\u2019ailleurs associ\u00e9 \u00e0 la citoyennet\u00e9 canadienne. Quand elles se retrouvent hors du Canada, elles ne disent pas qu\u2019elles sont qu\u00e9b\u00e9coises, mais plut\u00f4t Canadiennes et\/ou Montr\u00e9alaises.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 venir : un Qu\u00e9bec plus inclusif?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l\u2019une d&rsquo;entre elles, Alberte d\u2019origine burundaise, souligne que la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise sera \u00e9ventuellement confront\u00e9e \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9e par Statistique Canada, soit un renversement d\u00e9mographique graduel entre le groupe majoritaire et les groupes minoritaires dans les grandes villes m\u00e9tropolitaines du Canada. Elle pr\u00e9cise : \u00ab De plus en plus, le multiculturalisme s\u2019installe. Nos enfants vont grandir ici et il y aura de plus en plus de minorit\u00e9s visibles au Qu\u00e9bec. Je pense que \u00e7a fait peur aux Qu\u00e9b\u00e9cois. Ils doivent se pr\u00e9parer<em>&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En effet, selon les projections de Statistique Canada, pr\u00e8s du tiers de la population canadienne appartiendrait \u00e0 un groupe de \u00ab minorit\u00e9s visibles \u00bb en 2031. Avec pr\u00e8s des deux tiers des citoyens et des citoyennes qui appartiendront \u00e0 cette cat\u00e9gorie, les minorit\u00e9s visibles vont devenir la majorit\u00e9 dans deux villes canadiennes, soit Toronto (63 %) et Vancouver (59 %). \u00c0 Montr\u00e9al, la proportion sera environ du tiers (31 %).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Biographie de B\u00e9n\u00e9dict Nguiagain-Launi\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sociologue-historienne de formation, B\u00e9n\u00e9dict Nguiagain-Launi\u00e8re est titulaire d\u2019une ma\u00eetrise en histoire appliqu\u00e9e et d\u2019un doctorat en sociologie de l\u2019UQ\u00c0M. Ses int\u00e9r\u00eats de recherche portent sur les probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 l\u2019immigration, \u00e0 la discrimination raciale, au racisme syst\u00e9mique et \u00e0 l\u2019inclusion sociale et \u00e9conomique des personnes racis\u00e9es, plus particuli\u00e8rement celles issues des communaut\u00e9s noires au Canada.<\/p>\n\n\n\n<p>Chercheuse \u00e0 l\u2019Institut de recherche sur l\u2019immigration et sur les pratiques interculturelles et inclusives (IRIPII), ses domaines d&rsquo;expertise sont : \u00a0la sociologie de l\u2019immigration, l\u2019histoire des communaut\u00e9s noires et l\u2019approche \u00c9DI (\u00c9quit\u00e9, Diversit\u00e9 et Inclusion).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par<\/strong> <strong>B\u00e9n\u00e9dict Nguiagain-Launi\u00e8re<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En cette&nbsp;Journ\u00e9e internationale des femmes, je donne la parole aux Canadiennes de seconde g\u00e9n\u00e9ration issues de l\u2019Afrique subsaharienne qui ont accept\u00e9 de partager avec moi une parcelle de leur vie dans le cadre de ma recherche doctorale termin\u00e9e en 2021. 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