{"id":1321,"date":"2025-12-25T13:21:58","date_gmt":"2025-12-25T18:21:58","guid":{"rendered":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/?p=1321"},"modified":"2025-12-25T14:08:12","modified_gmt":"2025-12-25T19:08:12","slug":"comment-voyager-en-haiti-sans-prendre-lavion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/signe\/comment-voyager-en-haiti-sans-prendre-lavion\/","title":{"rendered":"Comment voyager en Ha\u00efti sans prendre l\u2019avion"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00c9conomiste et journaliste, Carl-Henry Cadet vit \u00e0 Berlin, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 avec ardeur au Nouvelliste, le principal quotidien de son Ha\u00efti natal. R\u00e9dacteur invit\u00e9 de COM1, Cadet nous offre un \u00ab tour d\u2019Ha\u00efti en 12 r\u00e9cits\u00a0\u00bb. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Par Carl-Henry Cadet<em> \u00a0\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Certains voyages ne n\u00e9cessitent ni bagage ni visa. Un simple livre suffit pour franchir les fronti\u00e8res, escalader les montagnes de l\u2019Artibonite ou longer la c\u00f4te turquoise des Cayes. C\u2019est le pari que j\u2019ai propos\u00e9 lors de la conf\u00e9rence <em>Let\u2019s Talk About Haiti<\/em> tenue le 25 mai dernier dans les locaux de la <em>Spore Initiative<\/em> \u00e0 Berlin. Intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Le tour d\u2019Ha\u00efti en 12 r\u00e9cits\u00a0\u00bb<\/em>, l\u2019atelier invitait \u00e0 traverser le pays en douze escales, port\u00e9es par les voix de nos \u00e9crivains, dans un <em>road trip<\/em> vibrant d\u2019\u00e9motions, de m\u00e9moire et d\u2019histoire.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, alors que les vols vers Ha\u00efti se font rares et que l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 assi\u00e8ge les principaux axes routiers, la litt\u00e9rature reste un moyen de se (r\u00e9)approprier des territoires perdus ou m\u00e9connus. Depuis la capitale allemande, nous sommes donc partis en convois d\u2019imaginaire pour sillonner un Ha\u00efti racont\u00e9 par ses lieux et ses livres.<\/p>\n<p><strong>Point de d\u00e9part<\/strong> : <em>Les Gommiers<\/em>, dans la <em>Grand\u2019Anse<\/em>. Dans <em>Antoine des Gommiers<\/em>, Lyonel Trouillot redonne vie \u00e0 ce devin l\u00e9gendaire, familier des Ha\u00eftiens. D\u00e8s les premi\u00e8res pages, il \u00e9voque ce dicton cr\u00e9ole, lanc\u00e9 souvent \u00e0 ceux qui s\u2019\u00e9garent : \u00ab\u00a0Si tu persistes dans l\u2019erreur, il t\u2019arrivera un malheur que m\u00eame Antoine des Gommiers n&rsquo;avait pas vu venir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Puis escale aux Cayes<\/strong>. Dans sa <em>Lettre des Cayes<\/em>, Yanick Lahens brosse le portrait de cette ville \u00ab jalousement ferm\u00e9e sur des passions qui fermentent tout bas \u00bb. Plus loin, \u00e0 Petit-Go\u00e2ve, Dany Laferri\u00e8re convoque l\u2019enfance dans <em>Le Baiser Mauve de Vava<\/em>, r\u00e9cit touchant, joliment illustr\u00e9, d\u2019un amour naissant au temps des tontons-macoutes.<\/p>\n<p>Ensuite direction Jacmel, vitrine du carnaval. Dans <em>Hadriana dans tous mes r\u00eaves<\/em>, Ren\u00e9 Depestre peint, une ville magique, o\u00f9 la jeune Hadriana Silo\u00e9e meurt \u00e0 l\u2019\u00e9glise le jour de ses noces. Ici, le merveilleux fait tomber les masques et permet d\u2019aborder des sujets tabous avec humour et fantaisie.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 Port-au-Prince, nous entrons dans le fracas du r\u00e9el sans bain de lune ni \u00e9rotisme solaire. Dans son po\u00e8me <em>Pour la \u00c8ni\u00e8me Fois<\/em>, Georges Castera exprime ainsi sa d\u00e9solation au lendemain du s\u00e9isme de 2010 :<\/p>\n<blockquote><p><strong>\u00ab \u00c0 Port-au-Prince<br \/>\nJe d\u00e9place encore les mots<br \/>\n\u00e0 ma guise<br \/>\nmais les maisons sont trop lourdes<br \/>\n\u00e0 porter \u00bb<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Nous poursuivons vers <em>Canaan<\/em>, bidonville n\u00e9 d\u2019un camp de r\u00e9fugi\u00e9s apr\u00e8s le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Dans <em>Aux fronti\u00e8res de la soif<\/em>, Kettly Mars humanise et d\u00e9nonce cette urbanisation sauvage. Soudain, nous faisons un d\u00e9tour dans d\u2019autres cit\u00e9s qui tirent leur nom de la l\u00e9gende biblique, avec <em>Les Villages de Dieu<\/em> d\u2019Emmelie Proph\u00e8te. L\u00e0, c\u2019est la chronique gla\u00e7ante d\u2019une capitale livr\u00e9e aux gangs.<\/p>\n<p>Cap ensuite sur <em>La Gon\u00e2ve<\/em>, \u00eele-m\u00e9moire racont\u00e9e par Mimi Barth\u00e9l\u00e9my, gardienne de nos contes. \u00ab Tout le monde sait, en Ha\u00efti, que l\u2019\u00eele de la Gon\u00e2ve \u00e9tait, au d\u00e9but des temps, une baleine qui s\u00e9journa tr\u00e8s longtemps dans nos eaux \u00bb, nous raconte-elle dans <em>L&rsquo;\u00eele de la Gon\u00e2ve<\/em>.<\/p>\n<p>Avant de quitter le centre du pays, une halte en Artibonite s\u2019impose. Dans <em>Comp\u00e8re G\u00e9n\u00e9ral Soleil,<\/em> Jacques Stephen Alexis nous d\u00e9crit ainsi ce d\u00e9partement grenier agricole du pays: \u00ab L\u2019Artibonite, ce grand gaillard aux bras noueux et puissants, est fils des montagnes. \u00bb<\/p>\n<p>Ce roman sert de passerelle vers la <em>Rivi\u00e8re Massacre<\/em>, au Nord-Est. Une rivi\u00e8re t\u00e9moin du massacre de 1937 o\u00f9 plus de 20 000 Ha\u00eftiens furent tu\u00e9s en R\u00e9publique dominicaine sur ordre de Trujillo, pr\u00e9sident de l\u2019\u00eele voisine \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Dans <em>La douce r\u00e9colte des larmes<\/em>, Edwidge Danticat redonne voix \u00e0 cette m\u00e9moire douloureuse, toujours actuelle face aux d\u00e9portations arbitraires et inhumaines qui se multiplient \u00e0 la fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans le Nord, le Palais Sans Souci nous appelle. Non pas celui de Potsdam, en Allemagne, mais celui de Milot, bourgade d\u2019Ha\u00efti, \u00e9difi\u00e9 par le roi Henri Christophe. Selon l\u2019anthropologue Michel-Rolph Trouillot, ce ch\u00e2teau porte le nom d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9volutionnaire, <em>Sans Souci<\/em>, rival du roi, assassin\u00e9 puis effac\u00e9 de la m\u00e9moire officielle. Dans son essai <em>Silencing the Past<\/em>, Trouillot y voit un monument construit sur le silence, l\u2019oubli d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d\u2019une figure g\u00eanante de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Notre dernier arr\u00eat : la Citadelle Laferri\u00e8re. Le dramaturge martiniquais Aim\u00e9 C\u00e9saire y fait dire \u00e0 Christophe dans <em>La trag\u00e9die du roi Christophe<\/em> :<\/p>\n<blockquote><p><strong>\u00ab \u00c0 ce peuple qu\u2019on voulut \u00e0 genoux, il fallait un monument qui le m\u00eet debout. \u00bb<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 la fin du p\u00e9riple, les participants ont \u00e9crit sur un lieu cher \u00e0 leur c\u0153ur. Certains ont lu leurs textes, prolongeant l\u2019\u00e9cho des r\u00e9cits partag\u00e9s. Ces fragments de litt\u00e9rature ont permis d\u2019arpenter des territoires oubli\u00e9s, de confronter l\u2019histoire et de c\u00e9l\u00e9brer la pluralit\u00e9 des regards.<\/p>\n<p>Car, comme le rappelle l\u2019\u00e9crivaine Chimamanda Ngozi Adichie, \u00ab le danger d\u2019une seule histoire \u00bb, c\u2019est d\u2019oublier que d\u2019autres histoires existent. \u00c0 Berlin, ce jour-l\u00e0, qui d\u2019ailleurs fut jour de c\u00e9l\u00e9bration de la lib\u00e9ration de l\u2019Afrique, nous avons choisi d\u2019\u00e9couter et en \u00e9coutant, nous avons voyag\u00e9, tous ensemble.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, alors que les vols vers Ha\u00efti se font rares et que l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 assi\u00e8ge les principaux axes routiers, la litt\u00e9rature reste un moyen de se (r\u00e9)approprier des territoires perdus ou m\u00e9connus. Depuis la capitale allemande, nous sommes donc partis en convois d\u2019imaginaire pour sillonner un Ha\u00efti racont\u00e9 par ses lieux et ses livres.<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":1334,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19,17],"tags":[101,34,69],"class_list":{"0":"post-1321","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-iciailleurs","8":"category-signe","9":"tag-culture","10":"tag-haiti","11":"tag-litterature"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1321","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1321"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1321\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1336,"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1321\/revisions\/1336"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1334"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1321"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1321"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1321"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}