{"id":1113,"date":"2025-03-18T19:08:13","date_gmt":"2025-03-18T23:08:13","guid":{"rendered":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/?p=1113"},"modified":"2025-03-18T20:16:14","modified_gmt":"2025-03-19T00:16:14","slug":"anthony-phelps-monument-de-la-poesie-haitienne-contemporaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comcestnous.com\/com1\/entretien\/anthony-phelps-monument-de-la-poesie-haitienne-contemporaine\/","title":{"rendered":"Anthony Phelps, \u00ab monument de la po\u00e9sie ha\u00eftienne contemporaine \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00c0 l\u2019occasion de la Journ\u00e9e mondiale de la po\u00e9sie, la ville de Montr\u00e9al a rendu hommage \u00e0 Anthony Phelps en 2016. En marge de la c\u00e9r\u00e9monie, des po\u00e8tes d\u2019origine ha\u00eftienne vivant \u00e0 Montr\u00e9al ont r\u00e9pondu alors volontiers aux questions de Claude Gilles. Ce dernier leur demandait quel regard ils portaient sur la po\u00e9sie de Phelps et lequel de ses textes les avait le plus marqu\u00e9 et pourquoi ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Frantz Benjamin (po\u00e8te) : <\/strong>\u00ab Ce qui est remarquable dans la po\u00e9sie de Phelps, c&rsquo;est son travail d&rsquo;esth\u00e8te. Comment \u00e9voquer l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Anthony Phelps sans parler d&rsquo;Ha\u00efti litt\u00e9raire et de cette d\u00e9termination \u00e0 amener la po\u00e9sie ha\u00eftienne vers une autre dimension. De Mon pays que voici, en passant par Femme Am\u00e9rique, un de ces derniers recueils, le souffle po\u00e9tique est constant. Je n&rsquo;ai jamais senti de repli sur soi dans la po\u00e9sie de Phelps, m\u00eame \u00e0 travers les th\u00e8mes empreints de nostalgie ou de m\u00e9lancolie \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C\u2019est indubitablement Mon pays que voici qui m\u2019a le plus marqu\u00e9. Surtout ce vers du recueil qui m&rsquo;est arriv\u00e9 un apr\u00e8s-midi d&rsquo;automne : \u00ab Si triste est la saison qu&rsquo;il est venu le temps de se parler par signes \u00bb. Je venais d&rsquo;avoir onze ans. Mon professeur d&rsquo;arts plastiques d&rsquo;alors cherchait, je crois, \u00e0 attirer notre attention sur la situation politique d&rsquo;Ha\u00efti. Ce texte m&rsquo;a permis de me r\u00e9concilier avec ma terre natale. De comprendre que par-del\u00e0 les ombres, il y a une montagne, une mer, un palmier, un ciel et des regards charg\u00e9s de promesses \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rodney Saint-\u00c9loi (Po\u00e8te-\u00e9diteur) :<\/strong> \u00ab Anthony Phelps est un monument de la po\u00e9sie ha\u00eftienne contemporaine. C\u2019est un a\u00een\u00e9 capital qui m\u00e9rite le respect de tous les auteurs. Cette po\u00e9sie a appris aux uns et aux autres \u00e0 nommer le pays d\u2019Ha\u00efti. C\u2019\u00e9tait le temps o\u00f9 chaque auteur voulait \u00e9crire, \u00e0 sa mani\u00e8re naturellement, Cahier d\u2019un retour au pays natal \u00bb. \u00ab Nous avons tous commenc\u00e9 par lire <em>Mon pays que voici<\/em>, qui est un texte fondamental. Nous avons aussi appris la po\u00e9sie en lisant les po\u00e8tes d\u2019Ha\u00efti Litt\u00e9raire, notamment Ren\u00e9 Philoct\u00e8te, Serge Legagneur, Villard Denis (Davertige), Roland Morisseau \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>St\u00e9phane Martelly (Po\u00e9tesse-chercheure-professeure d\u2019universit\u00e9) :<\/strong> \u00ab Anthony Phelps est un po\u00e8te essentiel dans l\u2019\u00e9volution de la litt\u00e9rature ha\u00eftienne contemporaine. Il est l\u2019un des derniers repr\u00e9sentants de cette \u00e9cole d\u2019Ha\u00efti Litt\u00e9raire, une magnifique assembl\u00e9e de talents qui a donn\u00e9 corps au renouvellement de la po\u00e9sie ha\u00eftienne du XXe si\u00e8cle, en mettant le travail de la langue au c\u0153ur de ses pr\u00e9occupations \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Cette po\u00e9sie soucieuse, travers\u00e9e par le contexte (dictatorial) dans lequel elle s\u2019\u00e9crivait, sans pour autant se laisser absorber par le ou la politique, avait le grand courage de comprendre pr\u00e9cis\u00e9ment la nature de son engagement : enrichir le terreau de la litt\u00e9rature pour lire, composer et r\u00e9sister avec le monde ; permettre la persistance de la complexit\u00e9 dans un univers o\u00f9 le sens \u00e9tait de plus en plus r\u00e9duit, de plus en plus totalitaire ; offrir la beaut\u00e9 et la libert\u00e9 de la parole comme exigence de survie \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLes doubles quatrains mauves, pour la bri\u00e8vet\u00e9 et la capacit\u00e9 de renouvellement \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Robert Berrou\u00ebt-Oriol (Po\u00e8te)<\/strong> <strong>:<\/strong> \u00ab Si l\u2019une des partitions musicales de la po\u00e9sie d\u2019Anthony Phelps, notamment dans \u00ab Mon pays que voici \u00bb, a parfois \u00e9t\u00e9 compar\u00e9e au lyrisme du po\u00e8te Saint John Perse \u2013 auteur de \u00ab Vents \u00bb et d\u2019\u00ab Anabase \u00bb et prix Nobel de po\u00e9sie 1960 \u2013, c\u2019est que sa mani\u00e8re de revisiter les grands mythes fondateurs d\u2019Ha\u00efti s\u2019est faite dans la fr\u00e9quentation soutenue des cimes du phras\u00e9 po\u00e9tique, dans l\u2019\u00e9vocation rythm\u00e9e des s\u00e9quences de l\u2019identit\u00e9 ha\u00eftienne forg\u00e9e au fil des luttes nationales et dans une exceptionnelle ma\u00eetrise de la langue fran\u00e7aise. \u00bb \u00ab En r\u00e9alit\u00e9, plusieurs textes d\u2019Anthony Phelps m\u2019ont marqu\u00e9 depuis mon adolescence \u00e0 Montr\u00e9al. Parmi eux je retiens \u00ab Typographe c\u00e9leste \u00bb consign\u00e9 dans \u00ab Orchid\u00e9e n\u00e8gre \u00bb (1987), po\u00e8me r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans son anthologie \u00ab Nomade je fus de tr\u00e8s vieille m\u00e9moire \u00bb (\u00e9d. Bruno Doucey, 2012).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8te y calligraphie le m\u00e2t de son projet po\u00e9tique, trace les contours de son projet esth\u00e9tique ainsi que sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire une exceptionnelle po\u00e9sie de l\u2019exil et de l\u2019enracinement dans l\u2019Ailleurs qu\u00e9b\u00e9cois :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Nul ne sait impun\u00e9ment forcer \/ la demeure du po\u00e8me \/ ce lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 le pas du soir \/ se fait plus lent qu\u2019ailleurs \/ o\u00f9 tout d\u00e9sir \/ se calligraphie de bas en haut \/ Homme sans verso \/ je ne m\u2019exprime qu\u2019en transparence \/ sans autre d\u00e9pendance que le signe \/ ce mouvement qui fait lever le texte \/ en fleur ou scalpel \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Emmanuel Pierre (Po\u00e8te et journaliste)<\/strong> : \u00ab Po\u00e8te doublement insulaires, car on a migr\u00e9 d&rsquo;une \u00eele \u00e0 l&rsquo;autre. Cet hommage de la Ville de Montr\u00e9al rejaillit sur nous tous, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit du doyen des po\u00e8tes ha\u00eftiens. Mais au-del\u00e0 de la po\u00e9sie, je crois que Phelps m\u00e9ritait cet hommage pour sa participation dans la dynamique culturelle des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es au Qu\u00e9bec o\u00f9 il a fait du th\u00e9\u00e2tre et de la radio, entre autres \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u00c7a va probablement faire clich\u00e9, mais Mon pays que voici est mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;\u0153uvre de Phelps. J&rsquo;ai l&rsquo;impression de me r\u00e9concilier avec le pays chaque fois que j&rsquo;ai le texte en main ou que j&rsquo;\u00e9coute l&rsquo;auteur le dire. Il m&rsquo;arrive aussi comme diseur de m&rsquo;aventurer l\u00e0-dedans dans des lectures publiques. C&rsquo;est un pur chef-d&rsquo;\u0153uvre \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Propos recueillis par Claude Gilles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>*Le texte initial a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 29 mars 2016 dans <em>Le Nouvelliste<\/em>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019occasion de la Journ\u00e9e mondiale de la po\u00e9sie, la ville de Montr\u00e9al a rendu hommage \u00e0 Anthony Phelps en 2016. En marge de la c\u00e9r\u00e9monie, des po\u00e8tes d\u2019origine ha\u00eftienne vivant \u00e0 Montr\u00e9al ont r\u00e9pondu alors volontiers aux questions de Claude Gilles. 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